La mouche et le moustique

Chaque jour, la mouche allait puiser de l’eau à la source. Elle partait de chez elle tôt le matin, avant la chaleur du jour. Elle ne marchait pas longtemps, car l’endroit était proche de sa maison. A cette heure, elle ne rencontrait jamais personne en chemin.

Pourtant, une fois, elle découvrit qu’elle n’était pas la première au bord de l’eau. Elle s’en étonna. Le moustique était déjà là. Il avait même rempli sa calebasse. Une grande calebasse d’ailleurs, pleine à ras bord. La mouche s’arrêta pour bien voir à qui elle avait affaire. Elle reconnut très vite le moustique qui n’était pas un lève-tôt, d’habitude. Elle n’était pas loin de considérer cette présence imprévue comme une impolitesse. Personne ne venait jamais puiser de l’eau à une heure aussi matinale, sauf elle. Que faisait donc ce paresseux ? Troubler l’eau claire de la source ? Oui, sans doute, c’est bien ce qu’il faisait ; il n’était pas bon à autre chose.

Du haut du sentier, la mouche le voyait gesticuler autour de sa grande calebasse pleine à ras bord. Il tirait, soufflait, crachait, jurait, tirait encore, se reculait afin de mieux envisager son problème, tirait à nouveau, avec moins de conviction toutefois. Soudain, il s’arrêta, leva la tête.

Il avait entendu craquer une branche morte. Il découvrit la mouche qui l’observait, fort mécontente.

« Ah ! Madame la mouche, je suis bien content de vous voir ! » s’exclama le moustique.

La figure de la mouche se renferma plus encore, s’il était possible. Elle le voyait venir ce bon à rien.

« Madame la mouche ! Madame la mouche, criait le moustique. Je suis bien heureux que vous soyez là. »

La mouche se renfrogna encore. Pour que ce fichu moustique soit aussi poli, c’est qu’il avait un grand service à lui demander, et elle voyait bien lequel. Elle avait raison : il reprit aussitôt, pour la prier de venir à son aide.

« Madame la mouche, voulez vous m’aider à soulever ma calebasse ? Je n’y arrive pas tout seul. »

La soulever, pensa la mouche, et ensuite la monter jusqu’au sentier, puis te l’amener à la maison… Pour qui me prend-il, ce vaurien !

« Pourquoi as-tu pris une calebasse si grande ? Pourquoi l’as-tu remplie autant, puisque tu n’es pas assez fort pour la soulever tout seul ? » accusa la mouche sur un ton méprisant.

Le moustique insista encore un peu, en désespoir de cause. Il avait bien compris qu’il n’obtiendrait rien. Cette mouche avec le cœur plus dur qu’une pierre.

Elle ne daigna pas lui répondre. Elle le pria même de céder la place : c’est qu’elle avait du travail à la maison ! Et pas de temps à perdre en conversation avec des paresseux ! Ne voyait-il pas, à la fin, qu’il était dans le passage et qu’il gênait tout le monde ?

Tout le monde, c’était vide dit. A part la mouche, personne ne venait puiser de l’eau aussi tôt dans la journée. Et ce n’était même pas tout à fait exact d’affirmer que le moustique bouchait le passage. La mouche put s’approcher de l’eau sans trop de mal. Elle s’avança tout au bord de la source pour remplir sa calebasse.

Pendant ce temps, le moustique se pencha pour mieux saisir son gros récipient ; sans résultat. Alors il s’agenouilla et força un grand coup. Hop là ! La calebasse était soulevée. Mais il n’eut pas le temps de crier victoire. Le moustique avait surestimé ses forces. Le poids lui retomba dessus.

« Oooooh ! Ma jambe ! Ma jambe, gémit le moustique. A l’aide ! Par pitié, de l’aide ! Ooooh ! »

La mouche daigna se retourner pour observer la comédie. Qu’avait-il encore imaginé pour l’obliger à transporter sa calebasse ? Elle ne put s’empêcher de rire : le maladroit avait réussi à tomber sous sa calebasse. Il tenait sa jambe en sanglotant. Le lourd récipient lui écrasait le genou et il ne pouvait se dégager. Pour le coup, c’était vraiment trop drôle ! La mouche riait aux éclats. Jamais elle ne s’était amusée autant. Ce pauvre moustique, décidément, quel farceur !

Elle ne voyait pas qu’il souffrait, écrasé sous la charge trop lourde pour lui. Elle riait, égoïste, méprisante.

Elle riait même tellement, qu’elle perdit l’équilibre et tomba à l’eau.

« Au secours, se mit-elle à crier aussitôt en se débattant. Au secours, je ne sais pas nager ! »

Elle barbotait à la surface, complètement affolée, elle commençait à boire la tasse et ne criait déjà plus aussi fort.

« Moi je sais nager, dit le moustique. Si seulement ma jambe était libre, je t’aurais aidée à sortir de l’eau. »

On ne sait pas si la mouche entendit ces paroles avant de se noyer tout à fait. En tout cas, le moustique fut délivré un peu plus tard par des gens venus puiser de l’eau à leur tour. Il leur expliqua la triste fin de la mouche.

Tout le monde tomba d’accord pour regretter le comportement égoïste de la malheureuse. Dans la vie, il ne faut pas moquer des personnes en difficulté, car on ne sait jamais ce que réserve l’avenir. Gentillesse et simplicité sont les meilleures qualités du monde.

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