Journée du drapeau en Haïti

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18 mai, journée du drapeau haïtien. Créé par Jean-Jacques Dessalines, comme tous le répètent et le chantent, lorsque ce chef de la révolution haïtienne retira du drapeau français ce qu’il considérait comme symbole de la race blanche. Tout est dit dans la chanson.

« Mon joli drapeau, mon joli petit drapeau

C’est Dessalines qui l’a créé, mon joli petit drapeau

C’est Catherine Flon qui l’a cousu, mon joli petit drapeau… »

Mais il faut s’imaginer le visage éclairé des personnes âgées qui me chantent l’air entraînant, regards brillants et épaules droites. Si fiers.

 

 

Alors que les vieux chantent avec fierté, les enfants ne semblent pas emballés. Ils chantent par habitude, parce que les enseignants les y exhortent. En revanche, ils  s’animent tout de suite lorsque l’un d’entre eux lance, du fond de la salle, un rap créole sur une Haïti libre. Tous si orgueilleux d’une histoire, d’une force.

 

 

Quel étrange contraste. Tous ces enfants, ces adultes, ces vieillards, fiers de chanter leur hymne, de faire flotter les drapeaux qu’ils ont fabriqués, de clamer le besoin de se battre pour le pays. Ces mêmes enfants, adultes, vieillards qui disent sans la moindre hésitation qu’il n’y a rien pour eux ici, que la vie ne peut-être bonne qu’ailleurs, en France, au Canada, aux USA évidemment. Haïti. Haïti, encore et toujours ce pays si détesté et si aimé. Va-et-vient constant entre haine et passion. Au milieu, presque toujours présent, l’insidieux désespoir.

 

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1803, ce drapeau. 1804, cette colonie devient république, la première au monde. 2015, cette histoire ressassée quotidiennement. Histoire d’une force incommensurable qui pourrait sembler s’être étiolée.

Et pourtant il en faut encore de la force pour survivre ici quand on s’entasse avec sa famille sans terres, sans guère de revenu, sans considération du pouvoir qui s’en met, lui, plein les poches. Elle est bien là, la force. Mais vers qui se tourne-t-elle ? Quand on ne veut rien construire chez soi. Quand on n’a plus d’espoir. Quand on a été tant habitué à croire que l’on est moins que rien. Quand on a été assisté par de fausses bonnes consciences. Quand on s’est tant habitué à prendre le plus possible, la moindre petite chose aux autres, à mordre pour ne pas être mordu, à ne plus croire en l’être qui voudrais juste vous sourire, à douter de tout et de tous. Quand on s’est blindé le cœur pour ne pas mourir. Quand on s’est forgé une carapace de méfiance, fière mais désespérée.

Tant de force passée à se battre contre soi-même. Tant d’énergie mise dans la lutte pour la dignité, la liberté, l’indépendance. Tant d’inégalités criantes. Tant de vice orchestré par les grandes puissances. Tant d’impuissance représentée par des ONG qui ne voient plus que leur système est devenu symbole du détournement. Tant et tant qu’il ne semble pas possible qu’un équilibre soit créé.

Et cette contradiction se perpétue.

 

Je pouvais sentir vibrer la liesse durant les préparatifs et l’attente d’un évènement apparemment important. Et pourtant le jour dit, seuls les enfants forment le cortège et donnent de la voix. En dehors d’eux, quelques adultes se drapent des couleurs du pays pour regarder passer le défilé. Mais la majorité n’est pas là, elle semble plutôt se retrouver au bord de la plage, bouteilles de rhum à la main, près des bateaux où, ironiquement, flotte un drapeau des USA à côté d’un mystérieux « love for you« .

 

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A Jacmel en revanche, ce sont les manifestations qui donnent le ton et sabotent le défilé. La liste des candidats retenus pour les législatives du 9 août à été publiée le 14 mai dernier. Au total 1400 sénateurs et députés retenus sur environ 2000. Et les diverses candidatures rejetées ont soulevé bien des mécontentements. D’autant que parmi les rejetés à Jacmel se trouve Gerald Mathurin, chef du parti Organisation du Peuple en Lutte (OPL) et ancien ministre de l’agriculture, l’un des principal concurrent des sénateurs Joseph et Wencesclass Lambert, affiliés comme le président Joseph Martelly au Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK). La MINUSTAH de son côté regrette les incendies dans divers bureaux électoraux.

Les Haïtiens sont forts, à n’en pas douter. Et orgueilleux. Cela semble bien. Mais la puissance de l’argent est-elle plus forte ? L’éthique humaine plus vite oubliée ? L’envie réelle de construire un pays fort plutôt qu’une fortune ou un confort personnel disparaît-elle si facilement ?

Bien des questions tourbillonnent en moi tandis que la journée s’achève.

 

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Excusez, je n’ai pu prendre de photos des enfants et personnes âgées chantant, fabriquant des drapeaux pour des problèmes d’électricité et donc de batterie d’appareil…

Mais pour finir, voici les paroles de l’hymne national, la Dessalinienne, écrit par Justin Lhérisson :

« Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons unis, marchons unis
Dans nos rangs point de traîtres
Du sol soyons seuls maîtres
Marchons unis, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons, marchons, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres

Pour les Aïeux, pour la Patrie
Bêchons joyeux, bêchons joyeux
Quand le champ fructifie
L’âme se fortifie
Bêchons joyeux, bêchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
Bêchons, bêchons, bêchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

Pour le Pays et pour nos Pères
Formons des Fils, formons des Fils
Libres, forts et prospères
Toujours nous serons frères
Formons des Fils, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères
Formons, formons, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères

Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Sous ta garde infinie
Prends nos droits, notre vie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu, O Dieu, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir est beau, mourir est beau
Notre passé nous crie :
Ayez l’âme aguerrie
Mourir est beau, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir, mourir, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie »

 

 

 

 

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