Tout commence à Jacmel…

Un trajet à toute allure dans le bus d’un chauffeur fou, le temps de cligner des yeux sur des montagnes à peine plus boisées qu’en Artibonite, et voici Jacmel. Je suis accueilli par Bernard Chignard qui s’occupe de la bibliothèque Aux trois Dumas. Je m’y installe pour quelques jours… Ici, l’on se sent comme dans une citadelle intemporelle. Où le calme et l’étonnante fraîcheur rendent encore mieux compte de l’ambiance extérieure. Agitée et chaude, elle. La lumière se diffuse doucement dans l’étage protégé par la terrasse. Une véritable ambiance de croisière entre les fenêtres hublots, les sièges alignés, et les dizaines d’affiches d’Air France. Bernard Chignard est un ancien directeur de la compagnie. De cette pièce aux allures d’avion, on survole la ville. L’un des balcons laisse entrer des images lumineuses de baie bleutée, agitée par de hautes vagues, bordée par des palmiers et des montagnes.

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Les sons parviennent de partout, des rues avec les motos qui passent en pétaradant, du port bien plus bas avec le ronron des moteurs et le crissement du métal que l’on coupe, et de l’autre côté de la rue, avec les delta, gamma qui s’associent aux x carrés sous la voix qui se veut entraînante du prof de math. Par-dessus tout cela, le claquement régulier des joueurs de domino.

C’est à celui qui frappera le plus fort contre le bois de la table… Chacun à sa technique, glisser le bout de bois face cachée jusqu’au dernier moment, le lancer sans se soucier de son atterrissage ou encore le poser en frappant de toutes ses forces sur la table.

 

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Un après-midi tranquille. Infini. Qui glisse et se répète dans la rassurante oisiveté de l’habitude. Et l’on se laisse porter par cette ambiance, guidé par des hérocrivains anciens au verbe disparu mais dont le monde règne ici en maître.

La bibliothèque Aux trois Dumas, c’est 1400 enfants adhérents et plus de 6000 ouvrages. Quatre ateliers ont débuté ici. Trois pour des enfants de 8 à 15 ans. Un autre non prévu à l’origine, pour les plus de 18 ans. J’ai trop de monde pendant les séances mais l’échange est très intéressant. Ces enfants là ont l’habitude d’entendre des histoires, de lire, de regarder des films. Le travail s’avère de développer leur propre imaginaire, d’oublier les copies conformes de ce qu’ils ont ingéré et de structurer leurs idées.

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Quel contraste avec le quartier des Orangers (prononcer zorangers ici). Quatre salles de classe encore en chantier sous un soleil de plomb. Quelques plantules promettent de beaux arbres mais n’apportent pas encore d’ombre. Les enfants se réfugient sous un grand parasol de paille, qui sert pour l’instant de cantine. Le centre de formation St Joseph, mit en place par la fondation Bethsaide, accueille environ 90 enfants scolarisés tardivement. L’école a évolué petit à petit. Aussi la dernière classe vient elle d’être finie. Mais ce lieu n’est pas qu’une école. Étonnamment on y rencontre aussi des personnes âgées. Elles passent là la journée et, grâce aux deux animateurs, font plusieurs activités, du débat à la danse en passant par la coiffure…

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Le quartier des Orangers se trouve en périphérie de Jacmel. J’y travaille avec trois groupes d’enfants. Ces derniers, issus de classes plus pauvres que ceux venant à la bibliothèque, y ont bien plus de difficultés. Au niveau de la compréhension, mais aussi de l’expression. Aucune habitude d’exprimer un avis, de lire. Et cela se retrouve aussi dans la capacité à imaginer. Un défi qui me plaît d’autant plus… En parallèle je vais former les enseignantes, base essentielle pour que mon travail serve à quelque chose et pour le perpétuer.

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Une troisième structure s’est ajoutée car certains enfants ne pouvaient se déplacer jusqu’en ville. Je travaille donc aussi dans une petite fondation familiale à Cayes-Jacmel, 20 minutes du centre-ville en moto. La structure est super, des bénévoles, pour la plupart membre de la famille Joseph, s’occupent des enfants du quartier depuis plus de 8 ans. Depuis le tremblement de terre, ils occupent la cour de la maison où ils ont aménagé un petit abri. Ces derniers sont avides de connaitre comment vivent les français. Avec eux, c’est plus de trente questions dont ils m’ont joyeusement bombardé pour que je les transmette aux classes de Paris.

A très bientôt pour des articles sur les enfants et cette étonnante ville de Jacmel…

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