Haïti, premières impressions

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Arrivée à Port-au-Prince… Capitale grise.

Amas de béton, en tous sens assemblé. Imbriquées les unes dans les autres, des constructions et un peu partout des débris. On ne sait pas ce qui est détruit, reconstruit ou juste abîmé par le temps et la pauvreté. Certaines maisons restent inchangées dans la poussière. Poussière des murs et du temps s’y confond. Sous les gravas, les canapés des terrasses attendent toujours que des corps les occupent. Images immobiles de la destruction. Partout se mêlent des murs en ruine, les fers des étages à peine finis, les décorations à moitié tombées… Au milieu, des toits donnent sur d’autres, à l’infini. Entre deux maisons, derrière des barrières de tôles, un terrain vague recouvert par des tentes qui abritent plusieurs familles. Et partout, des arbres qui se mélangent au béton. Quelle étonnante chose que cette beauté au milieu de tant de laideur. Tout se mélange ici. Coins de paradis et saleté. Milieu foisonnant et pauvreté.

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« En Haïti, le gris n’existe pas » Jean-Marie Drot, 2003.

Si, en effet, c’est le message des tap-tap, des lotos, des cerfs-volants et de certaines maisons anciennes qui ont gardé leurs couleurs, tout ce bloc bétonné crie le contraire. Aujourd’hui existe le gris et il marque grandement l’esprit. Le mien en tout cas où il imprime cette contradiction. Cette complexité qui constitue Haïti. Cette tristesse dans cette force. Cette joie dans ce malheur. Se détachant de ces tas gris, les tap-tap colorés foncent à vive allure. Jeeps transformés en bus pétillants. La couleur apparaît d’autant plus vive qu’elle explose au milieu de cette uniformité. Autour, avenues bondées, nuages de fumées et klaxons qui résonnent.

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De l’autre côté des ravins, se dessinent les hauteurs encore vertes. Montagne magnifique qui se creuse de maisons entassées les unes sur les autres. Gouffre gris au milieu de la verdure. Étrange cicatrice, fascinante. Si belle et si horrible. Aux pieds des arbres, pas une ravine, pas une rivière qui ne soient recouvertes d’immondices. Plastique roi. Et odeurs âcres qui prennent au nez tous les deux pas.

Par dessus tout cela volent des cerfs-volants de plastique. Légers, ils filent et souvent s’enroulent autour des câbles électriques pour y rester une éternité… Alors tous forment d’étranges guirlandes dégingandées.

Quand la nuit recouvre la capitale, mille fenêtres s’illuminent de tous côtés. Des millions de vies, recouvertes par les aboiements des chiens, les braillements des chats, les cris des chèvres et des coqs qui se répercutent en glissant dans les ravins de la ville. C’est à peine si l’on entend venir le vent pour découvrir trop tard l’orage se déverser avec violence sur les toitures de tôles. Et la pluie noie tout ce qui reste du monde éveillé.

 

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Réveil matinal,  je pars visiter un orphelinat et l’école MEVA (Maison des enfants du village de l’avenir) dirigés par Natacha Marseille qui participera à ma formation fin juin avec quelques animateurs.

Malgré les vacances de Pâques, un groupe de huit enfants sont suivis chaque jour pour rattraper le niveau. Au programme : apprendre les chiffres et des bases de français. Malgré ses cours quasi particuliers, les enfants ont de nombreuses difficultés, souvent dues à l’apprentissage par cœur.

Je passe alors la matinée avec Medjine, une petite de 5 ans, pour la faire compter.

 

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Le week-end, je sors de Port-au-Prince pour Gonaïves dans la région d’Artibonite, au nord. Quitter la ville pour des paysages ouverts. Enfin. Sensation de respiration. Vite remplacée par la désolation. Paysages désertiques… Je me souviens qu’Haïti a perdu 97 % de sa couverture forestière en moins d’un siècle. En 2011, les forêts couvraient seulement 2% de la surface de l’île.

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Ce voyage m’entraîne au village de Souvenance, un des trois haut-lieux du vodou Haïtien. La semaine sainte correspond ici à une période très importante durant laquelle ont lieu de grandes célébrations vodou. En me rendant à celles organisées à Souvenance, je n’ai de cette religion que des clichés : des transes,  des maléfices, des personnes qui boivent le sang d’animaux sacrifiés pour communiquer avec les esprits, une pratique taboue. Réduit à ça, cela pourrait correspondre. Mais c’est oublier bien des choses. Lorsque nous arrivons, une cinquantaine d’initiés, tout habillés de blanc, viennent de débuter les danses et les chants. La cérémonie est très répétitive. Guidés par deux serviteurs, les prêtres (oungan) et prêtresses (manbo) avancent au rythme des tambours, puis se retournent et recommencent pendant de nombreuses heures.

Pendant cinq jours, les initiés poursuivent les danses, du matin jusqu’à tard dans la nuit. Une activité épuisante. Une manbo d’au moins 80 ans vient discuter avec nous, le temps de se reposer un peu. Elle est assoiffée et a mal aux pieds. A chaque fois qu’elle nous verra, elle viendra faire un brin de causette. Tout autour, les observent de nombreux croyants et visiteurs. L’ambiance n’a rien de sectaire et hostile et je suis vite absorbé et enthousiasmé, tant par la spiritualité, que la convivialité prégnante. Les initiés rient entre eux, viennent discuter avec les observateurs, et expliquent avec amabilité les étapes des rites et le sens de leur pratique. Je me sens parfaitement accueillit, moi la blanche. Et j’admire la beauté de ces femmes, dans leurs robes blanches rehaussées par quelques bijoux soigneusement choisis.

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Le second jour, après les rituels d’ouverture de la cérémonie, viennent les sacrifices, toujours entremêlés de danses. D’abord les cabri, puis les coqs, et enfin le bœuf. A chaque fois est appelé un lwa (esprit) différent. Alors certains danseurs sont « chevauchés » par leur lwa, ils sont possédés pour laisser parler l’esprit. Il existe des centaines de lwa, attribués à des lieux spécifiques, possédant des caractères bien particulier, des actions typiques, etc. Ils ressemblent d’ailleurs grandement aux saints catholiques… Cette étape prend fin dans le bassin du lwa Zanadone, où tous les initiés « chevauchés » se jettent puis bénissent, à grandes eaux, ceux qui le souhaitent. Sans le souhaiter vraiment, j’en ai fait parti. L’autre étape consiste à se vêtir des couleurs de son lwa. Les initiés se transforment alors au cours de nouvelles danses, recouvert de vêtement plus flashis les uns que les autres.

Le vodou semble un étrange mélange d’animisme, de polythéisme et de monothéisme (le catholicisme). Structurant la société avant les colons, il intégrait aussi la nature, protégeant par exemple les immenses et magnifiques mapou, Ceiba pentadra, aussi appelé fromager en Afrique. Ces derniers ont été arrachés par les catholiques souhaitant détruire le vodou. Ils s’attaquaient à l’une des pratiques les plus dangereuses selon eux : les processions de nuit, qui se déroulaient autour de cet arbre symbolique.

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En partant nous croisons le cortège du premier ministre. Depuis une dizaine d’années, quasiment tous les présidents sont des oungan ou tout du moins vodouisants. Le lien avec la politique semble très intéressant, le sujet mérite d’être creusé. Cette religion a d’ailleurs joué un grand rôle dans la rébellion des esclaves et l’indépendance haïtienne. « Cela m’étonnerait qu’un protestant, [confession très hostile au vodou], ou qu’un musulman puisse devenir président d’Haïti » confie Natacha, mon hôte. Pour ma part, je quitte ce lieu d’autant plus intriguée et enthousiasmée par les rencontres que j’ai fait. Maintenant, je me dirige vers Jacmel pour débuter les ateliers.

Yon not fwa pou rès la, baybay !

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