Un monde en bulles

Bulles qui emplissent la salle remplie de murmures respectueux. Bulles où flottent des mots, des images. Bulles roses, bleues, vertes, multicolores. Partout des bulles se côtoient.

Un monde de bulles. Des mondes en bulles. Elles flottent au-dessus des têtes plongées sur des pages. Voila ce qu’est pour moi l’imaginaire. Une bulle. On l’utilise quand on veut, comme on veut. On la colore, on la teinte, on l’illumine. On la noie de larmes, de hurlements et de fêlures. On l’écrase de soleil, de chants et de paysages éclatants. Elle est là au dessus de nous ou tout autour.

J’évolue dans ma bulle depuis si longtemps… Et quand je vois celles de ces enfants qui se jettent sur des livres, qui boivent des mots, dévorent des images, tout brille plus intensément dans la mienne.

Un monde de bulles. Des mondes en bulles. Ce jeudi, tout d’un coup, j’en ai vu des dizaines fleurir. Quand, suite à mon acquiescement étonné, les enfants de mon atelier se sont rués vers les livres de l’Ideas Box. Dévorant les contes en kiswahili, les livres de sport, les albums-jeunesse, ils se sont joyeusement perdus dans un univers hors du temps. Ceux-ci ne connaissaient pas l’existence de la bibliothèque. Moi qui ne comprenait pas pourquoi ils me demandaient s’ils pouvaient lire, ici, maintenant… La première fois pour attendre le début de l’atelier, une seconde fois lorsqu’il s’est terminé. Course. Puis les têtes plongent vers les mots. Les pages tournent à qui mieux mieux. Des bouches déchiffrent à voix haute. Des doigts montrent au voisin le bout de page découvert. Un cri de joie résonne : « Ouais, kirikou ! » J’ai un pincement au cœur. C’est fou ce que je trouve cela beau et fort. Je retrouve du sens. Cette soif de connaissances, d’imaginaires, de mots et d’images, de rêves me comble. Je me sens toute légère, je sautille en souriant. Ma bulle se nourrit tout particulièrement de ces petites joies.

Un monde de bulles. Des mondes en bulles. Et soudain, elles se mêlent les unes aux autres. Alors, en une bulle commune les mots s’échangent, les couleurs explosent, les sensations s’accordent. Les idées fusent, s’accrochent, se battent. Tout s’assemble, se transforme, évolue pour enfin créer de nouveaux mondes. Des débats naissent. Ma bulle absorbe leur culture et laisse traîner quelques mots de structure. L’éternel « après » se transforme en « puis », « ensuite », « alors que », « tandis que », « pendant ce temps », « soudain », « tout à coup »…

Parfois, de cette bulle sort des phrases magiques en une mélodie merveilleuse. Parfois naît une histoire commune. Je vous partage le résumé de la dernière :

Masogo grandit dans la forêt avec les animaux depuis l’âge de deux mois. Il vit en cueillant des fruits. A deux ans, il aperçoit une femme venue chercher du bois. Il s’en approche intrigué. La femme l’emporte dans son village. N’ayant pas d’argent pour l’élever, elle l’emmène chez le chef. Celui-ci a deux filles mais pas de fils. Alors il adopte Masogo et lui apprend la langue des Hommes. L’enfant doit s’adapter à sa nouvelle vie, mais ce n’est pas facile car durant sa vie dans la forêt, il était seul avec les animaux et a dû vivre comme eux. Lorsqu’il atteint l’âge de 5 ans, Masogo va à l’école. Il grandit et acquiert beaucoup de connaissances, il dépasse même tous les autres enfants. Ces derniers sont jaloux et se moquent de lui : « Comment vivais-tu dans la forêt ? » Lui demandent-ils en riant. Il répond sincèrement, « avec les fruits des arbres ». Il ne s’attarde pas sur ces sarcasmes. Il est choyé par le chef. A la fin de ses études, les personnes jalouses lui racontent qu’il n’est pas le fils du chef, qu’il a été apporté au village quand il avait deux ans. Masogo ne fait pas attention, il reprend le rôle de son père et devient un bon chef. Il espère cependant un jour pouvoir retrouver ses parents. Sa mère, elle, l’a toujours cherché. Elle entend parler de l’histoire de cet enfant sorti de la forêt pour venir vivre dans un village d’hommes. Elle réussit à le retrouver puis lui prouve qu’elle est bien sa mère grâce à une marque qu’il a depuis sa naissance.

Cette histoire a été l’occasion d’un échange passionné sur les enfants séparés de leurs parents. Les premiers peuvent-ils retrouver leurs ainés s’ils ont été abandonnés très jeunes ? Est-il possible que les parents en revanche arrivent à les rejoindre ? Un bel exemple de Patrick : un enfant séparé de ses parents vivait au Rwanda. Sa mère restée à Murembwe, au Congo ne savait pas où il se trouvait. Elle finit par se réfugier au Rwanda. En y arrivant, elle a reconnu son fils dans un groupe d’enfants qu’elle a croisé par hasard…

Un monde de bulles. Des mondes en bulles.

Un plaisir que je tenais à partager. Voici chose faite.

Et vous, avez vous des instants bullesques à partager ?

Retrouvez une petite vidéo de cet instant ici, ainsi que des photos ci-dessous.

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