Ruyigi, arrivée dans les camps de réfugiés

Ruyigi,

Petite bourgade entourée de montagnes qui disparaissent sans arrêt dans les nuages. Au matin avant que le soleil ne se pointe. Dans l’après-midi, quand le ciel s’assombrit, gronde, craque puis se déverse gaiement sur le sol rouge. Le soir sous l’humidité de l’orage passé. Une marée de brumes. Qui crée une atmosphère pleine de mystères. Qui fait si bien ressortir le héron perché sur le bosquet d’eucalyptus en face de la maison. Vert foncé sur gris. Scène d’éveil matinal qui s’étire la journée entière. Jusqu’à ce que le soleil perce timidement la masse laiteuse. D’un coup, il illumine les robes chatoyantes des femmes au marché qui se précipitent sur ma peau et rient quand je prononce trois mots de swahili.

Vous l’aurez compris, je suis bien arrivée.

Et je profite de ce mélange de calme et d’agitation, de découverte et d’habituation, je profite de ne faire qu’une chose à la fois, de me centrer sur un projet. Alors j’en profite aussi pour écrire, à vous déjà…

Et quoi de mieux pour faire écrire que de retrouver la joie des mots, leur flot tempétueux et magique, n’est-ce pas ?

La découverte des camps de réfugiés de Bwagiriza et Kavumu où vont se dérouler les ateliers d’écriture est aussi source d’inspiration. La route qui y mène traverse des vallées, encore et toujours. Des collines qui défilent, sans cesse remplacées par d’autres collines, telle une mer bossue en colère. Une colère pelée, vidée des grands arbres magnifiques et des forêts si vivantes d’Afrique. Une colère trafiquée, repeuplée anarchiquement d’une essence importée, de pin pour l’exploitation du bois ou d’eucalyptus, qui pousse vite. Quand la colère s’apaise, de grandes plaines se dessinent, cultivées ci et là, de rizières dans les creux, puis de choux, de haricots, d’arachides autour, de maïs et de bananes plus près des maisons…

 

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Quand, du bus qui saute sur la terre défoncée, on aperçoit des tâches qui brillent.

Au loin, se dressent des centaines de tôles brillantes, bien alignées les unes à côté des autres. Des familles par milliers, logées dans des centaines et des centaines de maisons, rangées par 4 cellules de 12, classées dans 38 quartiers, cataloguées dans des parties de camp, Bwagariza 1 et 2, étiqueté sous le terme « camp de réfugié de Bwagariza »…

 

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Vue de Bwagiriza 2

– Camp de Bwagiriza, ouvert depuis 2009, 9.000 personnes, 77 ha, 63% de moins de 17 ans –

En sortant du bus et du flot de burundais qui viennent travailler pour les nombreuses organisations internationales, on est un peu paumé. On se retrouve face à trois bâtiments entourés d’une semi-brousse et où convergent des dizaines des personnes, femmes, hommes, enfants, bébés, jeunes, très jeunes et moins jeunes. Évidemment, en étant la seule muzumbu (blanche), on n’a guère envie d’attirer encore plus l’attention, alors on suit le mouvement comme si tout était normal. Je suis Adonis, le chargé de la box, qui encadre l’équipe d’animateurs de l’Ideas box de Bibliothèques sans frontières : Joël, Alexis, Paulin, Aline et Bruno. Tous m’accueillent chaleureusement. Je découvre la fameuse box, en même temps bibliothèque, pole numérique, cinéma, espace de jeu…

Joël et Paulin, deux des animateurs m’emmènent visiter le camp. Du linge qui colore les allées entre les alignements de maisons, des femmes qui s’occupent du feu, qui lavent le linge et vont chercher de l’eau aux points de distribution, installés par quartier.

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Allée entre rangée de maisons

Quelques femmes ne sont pas contentes de me voir. Un blanc qui passe, cela est tout de suite relié au programme de réinstallation. Certaines espèrent recevoir bientôt la nouvelle de leur transfert vers un pays d’accueil, États-Unis la plupart du temps, Grande-Bretagne, Norvège, Danemark, Pays-Bas, Suède, Islande, Australie et d’autres pour le reste. Les enfants eux, s’en fichent bien et viennent voir l’étrange être qui passe. Contrairement à ce que je croyais, tous ne parlent pas swahili. « 20 ethnies différentes cohabitent ici (sur plus de 250 au Congo), donc 20 dialectes. Mais tout le monde apprend le kiswahili et d’autres dialectes pour que l’on puisse se comprendre » précise Paulin. Toutes les ethnies sont mélangées pour éviter les regroupements par quartier et les tueries déjà observées ailleurs. Avec la promiscuité, le désir d’être réinstallé, les tensions apparaissent rapidement. Une ou deux familles, soit six à huit personnes, vivent dans une maison. Eau et nourriture leur sont distribués. Les réfugiés obtiennent des bons, une fois par mois, pour aller chercher à manger sur les marchés, fournis par les burundais qui habitent aux abords du camp. Ils peuvent ainsi choisir ce qu’ils veulent, faire des échanges. Normalement, pas d’échange d’argent direct. Mais certains réfugiés en ont, en gagnent en travaillant pour les agriculteurs voisins, ou en envoyant leurs enfants travailler pour eux. Un problème puisque l’école installée dans les camps est gratuite pour tous. Les enseignants, des réfugiés, suivent le programme congolais. Ils travaillent avec environ 80 enfants par classe, le matin pour le primaire (normalement jusqu’à 12 ans), l’après-midi pour le secondaire (jusqu’à 18 ans).

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Tour pour que les gardes assurent la sécurité du camp

 

Premier tour rapide terminé… Le lendemain, je pars pour l’autre camp, Kavumu.

Camp de Kavumu, ouvert en 2013, 6.600 personnes et environ 200 personnes qui arrivent chaque mois, 81 ha –

Cette fois, j’accompagne Sophie, volontaire de BSF pour un an, qui se charge actuellement de la box. Je rencontre Bruno, Carine, Pacifique, Sedar, Agnès, Thierry. Les ateliers que je propose semblent attendus avec impatience. Des réactions qui motivent énormément.

En attendant de former les groupes d’enfants, je commence des ateliers, tant à Kavumu qu’à Bwagiriza. Mais cela fera l’objet d’un autre texte, très prochainement…

Kwaheri

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Un des quartiers du camp

Une femme revient du marché

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Paulin et Joël

Paysage vu du bus

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Camp de Bwagiriza

Paysage

 

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